Jean Paulhan, Les incertitudes du langage. Entretiens à la radio avec Robert Mallet, coll. « Idées », n° 226, Gallimard, 1970, p. 21.
Pages
PAGE SÈCHE et ENCRE SYMPATHIQUE
Balourd 10, que ne rebute pas l'emploi de l'encre sympathique, n'entretient pas pour autant la phobie de la page blanche. (Une encre sympathique devient invisible en séch
lundi 7 février 2022
Amour conditionné
Jean Paulhan, Les incertitudes du langage. Entretiens à la radio avec Robert Mallet, coll. « Idées », n° 226, Gallimard, 1970, p. 21.
jeudi 3 février 2022
Ligne de grains : quelques grains en primeur
En librairie : 15 juin 2022
Titre : Ligne de grains. Roman
Auteur : Henri Lessard
Les Éditions L’Interligne, Ottawa
Collection « Vertiges »
ISBN 978-2-89699-744-2
communication@interligne.ca
interligne.ca
Voir les autres billets du blogue consacrés à Ligne de grains (lien).
Quatrième de couverture
Une « ligne de grains » est une bande d’orages à l’avant d’un front froid. Mais ça peut être toute autre chose.Delphie, âgée de 18 ans, assiste au lancement du recueil Ligne de grains et tombe sous le charme de Pascale, la violoniste engagée pour l’occasion ; un écart de celle-ci hors de sa partition allume la suspicion d’une spectatrice. Tout se complique et se déglingue, les couples deviennent solubles et la folie tient la barre.
D’abord illustrateur, Henri Lessard s’est converti à la littérature. Il a publié le recueil de nouvelles Grève des anges à L’Interligne en 2019.
Résumé
Une « ligne de grains » est une bande d’orages qui se développe à l’avant d’un front froid. Mais ça peut être toute autre chose.Delphie, 18 ans, retrouve sa tante Caroline qu’elle n’a pas vue depuis deux lustres ; elle se découvre du même coup une cousine qui n’en est pas une, Pascale, violoniste virtuose qui, à l’occasion, n’a pas de scrupule à s’écarter de la partition. Gravitent dans les parages un éditeur sourd, un poète modeste – ça existe ! –, une Haute-Dame qui veille au grain (of course), un œnologue en herbe et sa sœur, le propriétaire d’un café, un bonhomme connu sous le nom de… Bonhomme, une mère Noëlle, des motoneiges en été et, pour clore cette énumération, une émeute nocturne. Sans oublier des lignes de grains, dont une vraie, dans le sens météorologique de l’expression.
Nous sommes prévenus dès le début de l’intrigue : « C’est une histoire compliquée… » L’action se passe à Lac-des-Hauts, village (fictif) de la Haute-Gatineau.
Avis autorisé
« Ligne de grains conquiert d’emblée. Le style est brillant, très drôle, nourri de réflexions intelligentes et originales sur la vie et la société. Les dialogues sont amusants, tout le monde ou presque ayant de l’esprit. Le monologue intérieur débouche parfois sur des formules profondes : « Seule, tu seras libre ; libre, je serai seule. » Le texte brosse aussi un portrait satirique du politiquement correct et des intrigues des petites communautés. »
Extraits gratuits
Note : l’un des extraits qui suivent ne fait pas partie du roman. À vous de découvrir lequel n’est pas à sa place. Prix à gagner : aucun, sinon les félicitations de l’auteur.
Vous arrivez de nuit, dans l’état le plus proche du sommeil qui vous permet de tenir encore debout, vos paupières se fermant d’elles-mêmes ; des mains aimables soulagent vos épaules des sacs de voyages qui leur pèsent et guident vos pas aveugles jusqu’à des draps frais. Conclusion logique des choses, vous vous endormez dans un lit qui n’est pas le vôtre.
La maison était bâtie selon les proportions étriquées des vieilles demeures. L’escalier étroit avec, à mi-hauteur, au tournant, un palier vaste comme une pointe de tarte, donnait l’impression d’évoluer à l’intérieur d’une maquette mal dépliée. Les boiseries, les moulures, nappées de couches de peinture successives, recouvertes d’un généreux crémage, me fascinaient ; repeindre le monde pour arrondir les angles et noyer les aspérités.
La discussion va bon train, Aube saute d’un émoi à un enthousiasme – Pascale et Caroline me l’ont déjà décrite : tout contact de sa personne avec l’extérieur fait tinter un point de son être et se lever un concert de vibrations à mesure que les ondes se propagent et font entrer en résonnance un réseau de secteurs en sympathie les uns avec les autres.
On se fait des scénarios. Ils ont en commun d’être linéaires et sans profondeur, libres de tout heurts ou soubresauts, sauf l’apothéose finale, bien sûr, garantie dès le départ, et qui ne tarde jamais : Veni, Vidi, Youppie ! Quand on essaie de les concrétiser, on se rend compte qu’il est impossible d’aiguiller le wagon de la réalité sur les rails fermés de nos fantasmes.
(Après, je suis d’une compétence rare. Pendant, c’est une autre paire de manches, les choses ne deviennent évidentes qu’ensuite, quand les faits se métamorphosent en éléments historiques. Pour l’information continue, je suis zéro, je n’excelle qu’en récits de jadis et de naguère, en faits revisités, synthèses et analyses après-coup. J’ai l’esprit de l’escalier – c’est de famille – et mon escalier est bâti en colimaçon, ce qui explique le léger tournis qui m’affecte parfois et propulse mes dires et propos dans une déconcertante trajectoire spiralée.)
Moi, réfléchie ? La plupart du temps, je ne réfléchis pas. J’attends qu’un sursaut se produise en moi et je suis l’impulsion du moment pour sortir du sac de nœuds de mes dilemmes. C’est comme ça que je me suis fait une réputation de fille sage, parce que j’évite de sursauter tous les jours. Mais, pendant que je ne réfléchis pas, j’ai l’air très songée, et je laisse mon esprit vaquer pour qu’il ne s’ennuie pas… Il y a des personnes passives-agressives, moi je suis passive-impulsive.
Pourtant, pourtant, nous sommes faites l’une pour l’autre, j’ai cessé de compter nos points communs. Par exemple, nos prunelles viennent d’elles-mêmes se placer à la même hauteur, nous permettant ainsi d’éterniser nos tête-à-tête. Seule contrainte, lorsque nous sommes debout : Pascale doit se hausser sur la pointe des pieds pour compenser son déficit de trois centimètres. Sinon, en temps normal, ce déphasage s’atténue vers le bas et nos talons touchent le plancher du même aplomb. Tant de similitudes, tant d’affinités ne peuvent être sans significations. Pour le reste des décalages anatomiques, on s’arrange pour que coïncide ce qu’il faut quand il le faut.
Tout baignait, lubrifié par la sainte huile de l’extase tandis qu’un soleil estival chauffait le sang qui bouillonnait dans mes veines. Je transformais tout en bonheur et en euphorie radieuse – le ciel bleu et blanc, le vent sur ma nuque, l’herbe jaune des champs ou encore la lumière du matin, du midi et du soir ; même la nuit noire sourdait et s’embrasait de félicité. Surtout, partout et toujours, bulle d’hélium qui métamorphosa ma cervelle en une montgolfière ronde et légère, oscillant tout là-haut parmi les cumulus de beau temps, il y avait Pascale, Pascale et mon amour pour elle, Pascale tout entière, Pascale et ses yeux noirs, ses bras, ses cheveux, ses étreintes.
Que faire quand il pleut, sinon ouvrir son journal intime et écrire : « Il pleut. »
D’anciennes observations s’avèrent encore valables ; ainsi, la saveur des gouttes de pluie, différente selon que je les happe bouche ouverte ou qu’elles coulent sur mes cheveux et mon visage avant d’atteindre mes lèvres. Le vent, tout à coup, me postillonne dans la figure ; une giclée imprévue me glace les reins. De lourdes gouttes, taons dodus, s’éparpillent en éclats sitôt qu’elles s’écrasent sur ma peau, remplacées bientôt par les piqûres de milliers de minuscules gouttelettes.
C’est la première fois que je prends une douche sous la pluie et il n’était peut-être pas nécessaire de prolonger l’expérience jusqu’à risquer l’hypothermie.
Le programme de la journée se résumait à peu de choses : partir du point A, me rendre au point C en passant par le point B. Arrivée en bout de course, rien ne m’obligeait à revenir tout de suite au point A. Rien non plus ne me contraignait à privilégier la ligne droite à l’aller comme au retour. J’étais en vacances, l’accent circonflexe du verbe flâner m’avait toujours semblé viser quelque inaccessible nirvana. Il n’y a que les forçats des loisirs pour se sentir redevables de chaque seconde de leur temps.
Carpe diem qu’ils disent, ces stakhavonistes de l’épicurisme. Au diable ! Je ne carpe rien du tout, trop fatiguant, je préfère laisser s’enfuir le temps ; il passe et s’échappe très bien sans nous. Qui donc aurait l’audace de prétendre être en position de le retenir ou de l’accélérer ? Laissons le temps couler, et même s’écouler, de lui-même. Moi, je me la coule douce.
Libellés :
Les Éditions L'Interligne,
Ligne de grains
jeudi 27 janvier 2022
dimanche 16 janvier 2022
Point de vue
Bizarre, les autres pensent de moi exactement ce que je pense d’eux.
Bien sûr, ils se trompent à mon sujet.
Billet paru le 16 janv. 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.
samedi 15 janvier 2022
Dit-elle
Les dits de ma voisine : confidences non sollicitées
Les textes marqués d’un astérisque* ont déjà paru dans le recueil Grève des anges.
Voir aussi la page consacrée à ce titre dans le blogue Propos hors propos.
(Parfois, trouver quelque chose à répondre aux confidences de ma voisine oblige à de grands efforts.)
Drôle de destin que celui de ces photons.
Sauf à convaincre le propriétaire de faire émailler ma baignoire en rose, je ne vois pas d’autre solution que d’user et abuser de la mousse de bain.
Ce sont de petites expériences quotidiennes qui adoucissent la vie. J’ai toujours quelque chose sous la main ou sur les bras pour m’occuper et me rassurer.
Et quand, d’aventure, je porte mes mains à mon crâne, force m’est de constater que j’ai la tête dure.
Voir aussi la page consacrée à ce titre dans le blogue Propos hors propos.
Poire
Quand on parle de couper la poire en deux, me dit-elle, je me sens toujours visée.Plongée (1)*
L’eau accueille et rejette ; elle ne s’oppose pas à notre intrusion dans sa substance et, en même temps, elle nous refuse – grâce à quoi plonger et flotter sont possibles. Son étreinte est glacée – il faut se jeter dans ses bras résolument – et douce : elle s’enroule autour de moi dans une caresse continue et totale.Compétition
Quand je suis avec une amie, me dit-elle, il y en a toujours une qui est la plus belle et ce n’est pas toujours moi.(Parfois, trouver quelque chose à répondre aux confidences de ma voisine oblige à de grands efforts.)
Photons*
La nuit, les photons émis par des étoiles situées à des centaines ou des milliers d’années-lumière entrent par mes pupilles. Ils meurent sur ma rétine, après un interminable voyage en ligne droite à travers le vide, pour produire, au fond de mes yeux, une étincelle tremblotante que je prends pour l’image de leur astre d’origine.Drôle de destin que celui de ces photons.
Vastitudes*
Je prends toujours mon bain dans une eau mousseuse, dit-elle. Assise dans une baignoire remplie d’une eau plate, si je puis dire, mon regard est immanquablement attiré, à travers la masse translucide, par la blancheur de l’émail et ses vastités glacées. Il s’ensuit des méditations désolées qui rendent la baignoire inhabitable.Sauf à convaincre le propriétaire de faire émailler ma baignoire en rose, je ne vois pas d’autre solution que d’user et abuser de la mousse de bain.
Rondeurs*
Quand je croise les mains derrière mon dos, elles reposent chacune sur les rondeurs de mes fesses, ce qui me permet d’apprécier ce que les autres apprécient en elles. Quand je croise les bras sous ma poitrine, ils se trouvent à soupeser et soutenir mes seins dont le poids et la fermeté me plaisent, à moi ainsi qu’à d’autres.Ce sont de petites expériences quotidiennes qui adoucissent la vie. J’ai toujours quelque chose sous la main ou sur les bras pour m’occuper et me rassurer.
Et quand, d’aventure, je porte mes mains à mon crâne, force m’est de constater que j’ai la tête dure.
Plongées (2)*
Depuis mon logement du septième, il faut baisser les yeux pour voir s’envoler les oiseaux. Étrange changement de perspective ; ils ne s’élèvent pas, ils tombent sous mes fenêtres, plongeant d’un balcon de l’immeuble ou des corniches des constructions voisines ; jamais je ne les surprends dans l’effort de s’arracher du sol. Du coup, leurs manœuvres dans l’air me semblent une longue suite de glissades aisées.Billet paru le 15 janv. 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.
vendredi 14 janvier 2022
Nouvelle tête
Nouvelle icône pour mon blogue, Autoportrait 2022. L'ancienne, où j'étais jeune, était trop vieille. La nouvelle, où je suis vieux, est plus à jour. (Voir colonne de droite du blogue.)
(15 janv. 2022.) - Bon, finalement,je préfère cette version épurée, Autoportrait 2022 bis.
Ligne de grains se réchauffe
Lien vers les autres articles du blogue sur le roman.
En librairie : 8 juin 2022
Collection « Vertiges »
ISBN 978-2-89699-744-2
Les Éditions L’Interligne, Ottawa
communication@interligne.ca
interligne.ca
— La pire des choses à faire dans ces situations, c’est de demander : À quoi tu penses ?
— Le pire serait qu’elle me l’apprenne ! La plupart des gens on le tact de répondre : À rien. Il n’y a pas assez d’humains sur terre pour contenir toute la vie intérieure que chacun devine chez autrui. Paradoxe de l’humanité : plein comme un œuf vue du dehors, coquille vide considérée du dedans.
— Et tout le monde s’imagine être la seule coquille vide de l’Univers. »
En librairie : 8 juin 2022
Collection « Vertiges »
ISBN 978-2-89699-744-2
Les Éditions L’Interligne, Ottawa
communication@interligne.ca
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Extrait
« [...] quand j’observe ma blonde à son insu, alors qu’elle lit ou vaque à ses affaires ; son visage, ses gestes me semblent trahir une vie intérieure d’une qualité hors de ma portée.
— La pire des choses à faire dans ces situations, c’est de demander : À quoi tu penses ?
— Le pire serait qu’elle me l’apprenne ! La plupart des gens on le tact de répondre : À rien. Il n’y a pas assez d’humains sur terre pour contenir toute la vie intérieure que chacun devine chez autrui. Paradoxe de l’humanité : plein comme un œuf vue du dehors, coquille vide considérée du dedans.
— Et tout le monde s’imagine être la seule coquille vide de l’Univers. »
Quatrième de couverture
Une « ligne de grains » est une bande d’orages à l’avant d’un front froid. Mais ça peut être toute autre chose.
Delphie, âgée de 18 ans, assiste au lancement du recueil Ligne de grains et tombe sous le charme de Pascale, la violoniste engagée pour l’occasion ; un écart de celle-ci hors de sa partition allume la suspicion d’une spectatrice. Tout se complique et se déglingue, les couples deviennent solubles et la folie tient la barre.
D’abord illustrateur, Henri Lessard s’est converti à la littérature. Il a publié le recueil de nouvelles Grève des anges à L’Interligne en 2019.
Delphie, âgée de 18 ans, assiste au lancement du recueil Ligne de grains et tombe sous le charme de Pascale, la violoniste engagée pour l’occasion ; un écart de celle-ci hors de sa partition allume la suspicion d’une spectatrice. Tout se complique et se déglingue, les couples deviennent solubles et la folie tient la barre.
D’abord illustrateur, Henri Lessard s’est converti à la littérature. Il a publié le recueil de nouvelles Grève des anges à L’Interligne en 2019.
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