PAGE SÈCHE et ENCRE SYMPATHIQUE

Balourd 10, que ne rebute pas l'emploi de l'encre sympathique, n'entretient pas pour autant la phobie de la page blanche. (Une encre sympathique devient invisible en séch

vendredi 30 septembre 2022

Barbara Floraque – Fabula


Barbara ad cauponam laboratum it.

Flora, Barbarae amica, in Florida ut hibernet est. Illa ad Barbaram postales cartas ostentantes et oras flavis arenis et claros caelos clara caela et caeruleum mare mittit – nam si multum multae orae et multum caeli multa caela in Florida sunt, unum mare tantum est.

Barbara ut ornet cubiculi sui parietes his imaginibus utitur. Flora Barbarae negotium dedit curandi suum felem cuius nomen Félix est, sicut clarus cantor Quebecensis appellavitur, etsi feles non possunt cantare. Nam sicut omnes sciunt, feles maumant.

Barbara quotidie pro ipsa et pro Felice obsonat. Secundum laborem ea ad aedes suam currit ilico et Felicem alit.

Felix Flora est qui amica fidele tale quae amica fideli tali Barbara potest utor !


* * *

Corrigite me si errares sunt ! Gratias vobis ago.

Ajout (15 nov. 2022)

Plurimum gratias ago @Calculensis quae errores meos correxit.

vendredi 16 septembre 2022

Lectures d’été – Marc-Aurèle (2)


« La plupart de nos paroles et de nos actions n’étant pas nécessaires, les supprimer est s’assurer plus de loisir et de tranquillité. » (Marc-Aurèle, philosophe et empereur romain – et vice versa, Pensées pour moi-même, IV,24, trad. M. Meunier)

S’assurer plus de loisir au profit d’autres paroles et d’autres actes tout aussi inutiles ? Les philosophes sont parfois inconséquents.


Billet paru le 16 sept. 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

samedi 3 septembre 2022


Certains livres voudraient nous enjôler. D’autres nous assomment dès les premières lignes.

Début du Livre de ma mère, d’Albert Cohen :




Billet paru le 3 sept. 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

vendredi 26 août 2022

Une année julienne : élusive Mélusine

Nouvelle extraite de mon recueil Une année julienne suivi de Perséphone

ISBN 978-2-9821444-0-8 (PDF)

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2023

Mon recueil Une année julienne suivi de Perséphone est paru en mai dernier en version numérique (pdf). Il est disponible auprès de l’auteur (moi) sur demande et de BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) au bout de ce lien. Relisez les autres billets consacrés au recueil pour en savoir plus et ou pour savourer d'autres extraits (lien).







Le recueil déposé à CopyrightDepot.com et à la SARTEC :
© Henri Lessard, CopyrightDepot.com no 00072068
© Copyright Henri Lessard, manuscrit déposé à la SARTEC le 21 mai 2021, certificat no 34490.

* * *

Élusive Mélusine

Note. – JULIEN, l’un des protagonistes principales du recueil avec JULIANN,E est le narrateur de la présente histoire.


Cétait au début du semestre, pendant un exposé sur la mythologie médiévale. Son entrée dans la classe avait échappé à mon attention et voilà qu’elle s’était installée à ma gauche, deux pupitres devant le mien. Elle se faufila entre les étudiants à la fin de la période et elle ne revint pas assister aux cours suivants. Je l’aurais sans doute oubliée si je ne l’avais pas devinée quelques jours plus tard dans une silhouette au parc, près de la rivière. Elle avait surgi, de l’autre côté des herbes qui poussent au creux d’une anse. Pour un peu, j’aurais juré qu’elle venait de surgir de l’onde. J’étais pressé, et je poursuivis mon chemin sans m’attarder à résoudre la question.

Le lendemain, je l’aperçue près de la fontaine d’une place publique. Puis, je la vis un soir alors qu’elle sortait d’un restaurant de fruits de mer. Le hasard s’amusa bientôt à multiplier les rencontres tout en veillant à ne jamais répéter les circonstances. Elle prenait une tisane à la terrasse d’un café, patientait devant l’aquarium en verre d’un abribus ou manquait de me tomber dans les bras au milieu d’une place et, entrainée par je ne sais quel courant, disparaissait aussitôt, absorbée par la presse. Ses yeux vert-de-gris étaient tachetés de paillettes de cuivre. Elle était partout, un endroit à la fois, et jamais deux fois au même.

Cette fille était un cas unique d’ubiquité émiettée. Blonde, début vingtaine, taille moyenne ; jolie, assurément ; intéressante, incontestablement, sans rien d’excentrique, rien d’une qui chercherait à se faire remarquer. J’aimais ses jupes fripées, sa manière à la fois stricte et distraite de n’accorder d’attention à quiconque ou quoi que ce soit autour d’elle. Souvent, je la repérais de loin à la conque bleu marin de son parapluie – les jours d’intempéries semblaient l’attirer dehors. Même au soleil, j’avais l’impression qu’elle sortait tout juste de la douche, cheveux encore humides, et qu’il lui suffirait de secouer la tête pour m’asperger d’une bruine de gouttelettes irisées.

À force de me croiser et de me recroiser, elle devait bien commencer à me connaître et à me reconnaître, en tout cas à m’accorder le rôle d’un quelconque figurant dans le feuilleton de sa vie quotidienne. Mais non, je n’existais pas pour elle. Elle allait toujours seule et semblait n’être appelée par aucune obligation pressante.

Le département des arts de l’université organisa une exposition des travaux du semestre et je la découvris dans des crayonnés rehaussés à l’aquarelle du cours de dessin d’après modèle. Elle en offrait à d’autres beaucoup plus qu’à moi ; je me suis dit que j’avais réussi à bien deviner sa nudité sous ses vêtements. Certaines filles vont nues dans nos têtes ; une démarche, un visage, et tout est révélé, leur essence et l’enveloppe qui la contient. Je m’attardai devant une esquisse avancée où elle figurait debout, visage tourné de profil, nuque libérée de sa chevelure soulevée d’une main. Un peintre pompier du XIXe siècle aurait ajouté une coquille sous ses pieds et titré : Naissance de Vénus. (La beauté est un gaspillage. Toujours présente, et pourquoi ? Pour rien la plupart du temps. Si la nature était conséquente, les femmes ne connaîtraient que les caresses continuelles réclamées par leur beauté perpétuelle. Cette fille ne cessait pas d’être belle même en dormant, même dans le noir, même à l’écart de tous, non ? Gaspillage ! Gaspillage, vous dis-je !)

Une inscription précisait le nom du modèle : « Mélusine ».

Elle s’appelait donc Mélusine (1).

Mais était-ce vraiment elle sur le papier ? À force de l’apercevoir partout, j’avais peut-être fini par plaquer sa figure sur toutes les filles, figurées ou réelles, sur lesquelles se posaient mes yeux.

Il me vint à l’esprit que la meilleure façon d’aborder cette Mélusine plus insaisissable qu’une anguille, était de suivre son exemple, de n’avoir aucune routine et de systématiquement rechercher des endroits inédits à visiter. Quand toutes les possibilités de rencontres auraient été épuisées – les chutes du Niagara, la sphère d’un bathyscaphe, le sauna d’un club échangiste – disparaîtrait-elle à jamais de ma vie ou est-ce que la tournée reprendrait du début comme dans le jeu serpents et échelles ? Ce serait m’assurer l’immortalité dans la frustration perpétuelle, me condamner, comme Tantale, à une soif jamais satisfaite… Quelque chose me disait que, dès la création du monde, peu après la séparation de la terre et des eaux, l’opportunité d’un tête-à-tête, d’une banale conversation sur la météo, d’un badinage anodin avec elle m’avait été refusée.

J’en viens à me demander si elle n’apparaissait et ne disparaissait pas que pour moi. Une bien élusive Mélusine que cette Mélusine !

Mais il y avait d’autres filles dans le monde, moins fuyantes. Je fis la connaissance de Béatrice. (Il ne vient à moi que des filles au prénom qui porte à rêver. Un don qui, la plupart du temps, ne me rapporte aucun bénéfice.) Mélusine, pour un temps, s’éclipsa de ma vie. Je tombai pourtant sur elle un matin au centre-ville ; pour la première fois, elle sembla tenir compte de mon existence ; un filet de contrariété coula sur sa figure depuis un pli vertical qui s’imprima entre ses sourcils et elle m’ignora ostensiblement – ce qui était un progrès comparé à l’indifférence dont elle ne s’était jamais départie. Je suppose ici que mon imagination ne m’a pas joué un tour. Mélusine, ce jour-là, ruminait peut-être quelque souci et allez donc vous fier à une expression pêchée à la volée !

L’après-midi m’offrit une occasion de me libérer des rets de cette obsession dans les bras de Béatrice. Ses mèches brunes prirent sous mes doigts la couleur dorée de la chevelure de Mélusine ; c’est entre les seins de Mélusine que j’enfouis ma tête ; ce fut son vagin humide que je pénétrai et, à la fin, ce furent les prunelles de Mélusine qui se révulsèrent.

Puis, le double jeu des spasmes en parallèle terminé, c’est auprès de Béatrice que je m’étendis, navré de mon infidélité. Mais je n’y étais pour rien et je perdais sur tous les tableaux puisqu’en perdant Béatrice, j’avais baisé une illusion.

Les choses ne pouvaient pas continuer ainsi. Puisqu’une rencontre annihilerait toute possibilité d’intimité future, réelle ou fantasmée – du moins, c’est ce que j’avais toujours cru –, j’étais déterminé à confronter Mélusine.

Le lendemain, il bruinait. Mélusine – j’étais certain qu’elle ne se déroberait pas – attendait le feu vert pour traverser un carrefour au milieu de fonctionnaires et d’employés.

Je soulevai mon parapluie pour nous mettre tous les deux à couvert du crachin ; Mélusine gardait le sien fermé sous son bras.

— J’aimerais bien pouvoir faire l’amour à Béatrice en paix, lui dis-je.

Elle tourna vers moi ce regard définitif que les femmes savent si bien adresser aux hommes. Les feux de circulation ayant changé, elle traversa le boulevard pour se noyer dans le flux et le reflux des piétons. Demeuré en rade sur le trottoir, je cherchai sa chevelure blonde au milieu des têtes et des parapluies qui s’ouvraient tandis que la pluie s’intensifiait. Une fraction de seconde, je cru apercevoir la coupole de son parapluie émerger dans le flot qui l’emportait. Mais non, je m’étais trompé.

Plus jamais je ne la revis.

*

1. Mélusine : sorte de sirène fluviale, ensorceleuse et séductrice. Personnage sympathique, donc.

lundi 22 août 2022

Rumeur


Le murmure de la ville entre par la fenêtre. Certains s’en agaceraient.

Le même bruissement continu, le même soupir, la même rumeur sans début ni fin, brouillé et réverbéré par on ne sait quoi. On devine des distances, des espaces, des étendues. C’est un souffle qui s’impose par sa discrétion, un bourdonnement tamisé par le filtre des poussières qui blanchissent l’horizon. Survient un ronflement, vite passé, le branlement d’une cargaison, l’accélération d’une voiture dont l’impatience s’estompe dans l’air. Après l’appel d’un klaxon, le fond sonore redevient ce qu’il était, transparent, impalpable, pareil à lui-même, juste assez modulé pour se perdre dans sa propre substance. Il est perçu plutôt que saisi, il ne se tait ni de jour ni de nuit. Il n’est chargé d’aucun message.

Ma conscience se bornerait à cette tonalité grise et lointaine qu’elle ne s’en porterait que mieux.



Billet paru le 22 août 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

jeudi 28 juillet 2022

Lectures d’été – Marc-Aurèle (1)


« [Untel] ne t’a point nui, car il n’a pas pu rendre ton moi pire qu’il n’était auparavant. » (Marc-Aurèle, philosophe et empereur romain – et vice versa, Pensées pour moi-même, VIII,22)


Billet paru le 28 juillet 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

Lectures d’été – Les caves du Vatican


Les avis des lecteurs sont parfois lapidaires. Un certain George Ranger a exprimé en peu de mots son opinion sur Les caves du Vatican, d’André Gide, à la page 128 de son exemplaire. Faut-il éviter d’inscrire son nom sur la page de garde des livres si l’on ne veut pas que la postérité s’empare de nos avis littéraires ?



M. Ranger a inscrit son nom au début du livre, avec la date de son acquisition, le 17/10/1972. J’ai trouvé l’exemplaire, passablement défraîchi, chez un bouquiniste en juin 2019 et je n’en ai commencé la lecture que maintenant. (Photo suivante.)





Billet paru le 28 juillet 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.