Les dits de ma voisine : post-partouze
Trois heures du matin ; j’étais allée dans la cuisine reprendre mes esprits. La partouze avait débuté à 21 heures, j’avais raisonnablement donné de ma personne (faisons le compte : non, plus tard…) ; maintenant, je pensais à m’en retourner chez moi. En attendant, je goûtais les minutes de tranquillité que m’offrait la pièce déserte. Je me versais un verre d’eau quand Zoé fit son entrée.
— Tiens,
nous sommes deux pareilles, dit-elle.
Sa
venue me réjouit, sans que je puisse expliquer les causes de cet emballement
soudain. Après tout, nous n’avions jamais cherché à nous rapprocher de toute la
soirée.
— Deux
à avoir soif ?
— Non,
je veux dire, nous sommes deux filles toutes nues.
— C’est
banal ici.
Ses
yeux m’arrivaient aux lèvres. Elle prit un verre dans l’armoire ; je pus
apprécier la cambrure des reins, le profil d’un sein, la souplesse du geste, de
la nuque aux talons, du petit doigt au petit orteil. Son visage, un peu banal,
avait une douceur inexplicable par le seul effet de son sourire ; c’était
peut-être les yeux bruns, c’était peut-être aussi l’habitude de regarder les
gens bien en face en pensant : « Je n’ai pas un très beau visage, je le sais, mais le reste est très
bien, et ça, vous ne pouvez que le soupçonner. »
Le
reste était très bien.
Nous
avons parlé quelques minutes, appuyées au comptoir, sans être dérangées.
Le
courage lui manquait pour appeler un taxi ou pour quémander un lift. Elle jeta un regard sur elle-même, eut un geste
du bras le long de son corps :
— En
plus, je voudrais prendre une douche.
— Viens
chez moi, c’est à deux pas. Tu partiras demain reposée, après déjeuner. Ou
après diner.
La
demeure ressemblait à champ de bataille après la bataille. Des râles, des
plaintes, des soupirs ; des corps étaient couchés dans la pénombre,
immobiles ou animés de quelque reptation aveugle ; des silhouettes
traversaient les pièces à demi courbées ou s’éclipsaient dans le couloir.
Je
pris mes affaires et les roulai en boule.
— Tu
ne t’habilles pas ?
— J’habite
vraiment à deux maisons d’ici et il ne passe personne à cette heure dans la
rue.
X,
notre hôte, vint nous saluer dans le vestibule ; plus tôt dans la soirée,
il avait ramoné Zoé avec entrain. Il avait eu le temps de récupérer ses forces
puisqu’il se présenta à nous précédé d’une superbe érection dont la future
bénéficiaire demeura patiemment dans l’ombre, derrière son dos. Cet homme était
infatigable. Mais tout ça ne nous concernait plus.
Zoé,
moins sûre que moi de l’improbabilité d’éventuelles rencontres, me devança sur
le chemin de mon logement, m’offrant l’effacement et l’illumination alternés de
ses fesses blanches sous la lumière des lampadaires.
Nous
avons pris notre douche ensemble, trop épuisées pour entreprendre quoi que ce
soit d’autre.
Je
me jetai sur le lit. « J’ai encore les cheveux mouillés » dit Zoé.
— Couche
toi la tête sur ma poitrine, dis-je, ouvrant les bras dans le courant d’air
frais qui venait de la fenêtre. Tu me réchaufferas.
Le
ciel pâlissait. Le temps des canicules est derrière nous, on pouvait dormir
collée-collée.
C’est ainsi que Zoé dormit pour la première fois dans mes bras sans que nous ayons fait l’amour au préalable. C'était inverser l'ordre des choses, mais tout dans notre histoire, dès le début, se fit à l'envers de la coutume.
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