Par chez nous, les chats ne se laissent pas mettre en boîte par Schrödinger. Île-de-Hull, juillet 2023.
Note préliminaire. – L’auteur n’a aucune compétence pour traiter du sujet.
Le chat de Schrödinger(1) est bien connu. Personne, pour autant, ne l’a encore observé, si bien que personne ne sait s’il est mort ou vivant. En fait, tant qu’on ne l’aura pas vu, il sera à la fois mort et vivant. C’est ce que nous enseigne la physique quantique selon laquelle c’est le fait d’observer qui décide de la réalité.
Sans observation, sans observateur, les choses sont dans tous leurs états possibles à la fois, sans pouvoir s'arrêter à l’un d’eux.
Pour illustrer le fait, Schrödinger avait imaginé un chat enfermé dans une boîte à l'intérieur de laquelle avait été placé un dispositif émettant un gaz mortel à la désintégration d'un atome radioactif. La probabilité que l'atome se désintègre en un temps donné, disons 60 minutes, était de cinquante pour cent. Durant cette heure, sans possibilité d’observer l’intérieur de la boîte, tout ce que l’on pouvait dire, c’était que l’atome était à la fois entier et désintégré et le chat vivant et mort. Il ne s’agissait pas d’une incertitude liée à l’ignorance d'événements cachés : l’observation, au moment de l'ouverture de la boîte, décidait de ce qui s'était passé. Elle mettait fin à la superposition d’états incompatibles et, en décidant de l'état de l’atome, décidait du sort du félin.
Donc tout dépend de l’observation. L’observateur fait la réalité.
Mais qu’est-ce qu’un observateur ? Le chat dans la boîte est un observateur, et bien placé pour statuer de la diffusion ou non du gaz empoisonné. Et s’il y avait dans la boîte, outre le chat, une mouche ou une araignée passée inaperçue et insensible au poison, qui pourrait contester son statut d’observatrice ? De même, le dispositif, n’importe quoi captant ou réfléchissant les émissions de la désintégration de l’atome serait un observateur : un miroir, les parois de la boîte, l'air même qu'elle contient, et ses milliards de molécules sont autant d’observateurs – dont les observations pourraient en plus se contredire.
Maintenant, pensons hors de la boîte, comme on dit. À l’extérieur, est-ce que l’observateur aura besoin d’un observateur en second pour le sortir de l’état où il risquerait de s'éterniser : observateur ayant découvert le chat mort vs observateur ayant découvert le chat vivant ? Et faudra-t-il à cet observateur supplémentaire un troisième, observé à son tour par un quatrième qui, lui-même, serait suivi d’une chaîne infinie d’observateurs-observés ? L'univers n'y suffirait pas. Ce serait infernal.
Une échappatoire serait-elle possible ? Deux personnes s’observant mutuellement peuvent-elles former un couple autarcique du point de vue ontologique et établir l’une pour l’autre leur statut d’être (ou de non-être) ?
D'où l'amour des miroirs et des selfies : je m'observe, donc j'existe.
Ce n’était qu’une simple observation avant de vous quitter.