Quand je m’impatiente, que je laisse s’exprimer ma mauvaise humeur, que je suis pris un flagrant délit d’errement et que mon ego vexé se réfugie dans la mauvaise foi hautaine et balbutiante, j’ai honte de moi et j’ai honte de mon père qui m’a légué ses travers.
Quand je m’énerve ou que je m'affole, quand je laisse mon cinéma intérieur me projeter des scénarios catastrophiques auxquels je croie et que j’amplifie en les raffinant, j’ai honte de moi et de ma mère dont j’ai hérité du tempérament.
J’ai beau être majeur et émancipé, être vacciné comme il se doit, me croire libre de mener ma vie à ma guise, je traîne mes parents avec moi - non : en moi. Pas comme un « Ça » freudien, une instance qui scruterait et jugerait mes actes et à laquelle je devrais rendre des comptes. Non : je suis mes parents. C’est pire, c’est consubstantiel, incurable. Le fardeau du « Ça » est inversé puisque c’est moi qui en me jugeant juge mes parents. Même la plus longue des thérapies ne pourrait me changer en me changeant de géniteurs.
Je les continue, je suis leur persévérance.
Impatient, prompt au jugement, nerveux, inquiet, que puis-je y faire ? Les moules dont je suis issue ont laissé leur empreinte indélébile, ils ont décidé que je n’existais pas autrement qu’en perpétuant ce qui avait été.






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