PAGE SÈCHE et ENCRE SYMPATHIQUE

Balourd 10, que ne rebute pas l'emploi de l'encre sympathique, n'entretient pas pour autant la phobie de la page blanche. (Une encre sympathique devient invisible en séch

dimanche 1 avril 2018

Sur mesure




Cette branche a accumulé assez de chaleur au soleil pour se créer un petit nid dans la neige et s'enfoncer dans sa propre empreinte. Lac Leamy, Gatineau, Qc, premier avril 2018. 

vendredi 9 février 2018

Tous les films sentent le popcorn


Lentement, je suis devenu allergique au cinéma. L'odeur du popcorn n'y est évidemment pour rien, on peut tout aussi bien regarder un film à la maison en mangeant de la pizza. La raison de mon désamour réside ailleurs. Comme 99,9 % d’entre vous, j’ai tout d’abord été un spectateur heureux et satisfait. L’attraction du cinéma ne rencontre aucun obstacle chez la plupart des gens, c’est l’existence du 0,1 % de réfractaires qui demande explication (1).

Je reconnais qu’il y a de bons films, et même d’excellents. Ça ne me réconcilie pas avec le cinéma.

De même, je reconnais que les bons livres sont rarissimes. Ça ne me brouille pas avec la littérature.

On appelle ça un parti-pris.

Curieusement, mes difficultés avec le cinéma remontent à la lecture d’un article dithyrambique d’Umberto Eco sur Casablanca (2). À l’époque – au début des années 1990 –, j’ignorais tout de ce film de Michael Curtiz réalisé en 1942. Je précise tout de suite que ce sont moins les caractéristiques de ce film qui importent ici – la subtilité de son intrigue ou le jeu de ses comédiens – que ce qu'il m'a révélé sur les films en général. De Casablanca, disons simplement que l’action se déroule à Casablanca (of course) durant la Seconde Guerre mondiale, qu’Ingrid Bergman et Humphrey Bogart tiennent les rôles principaux et que l’intrigue repose sur le conflit entre plusieurs sentiments qu’il est inutile d’énumérer.

Casablanca, c’est aussi et surtout un film culte, un classique du cinéma. En vérité, c’est le film le moins bien choisi pour dégoûter quelqu’un du cinéma et il faut être un peu inconscient pour s’y attaquer. Le texte d’Eco m’avait furieusement donné envie de le voir. Gagné d’avance au culte de Casablanca, j’aimais déjà ce film, sur la seule foi de son témoignage, sans en avoir visionné une seule image. Qui a dit que l’amour est aveugle ?

Puis, un jour, j’ai pu voir Casablanca.

Eco m’avait décrit des personnages tourmentés, écartelés entre plusieurs allégeances. Mais était-il possible de s’intéresser aux affres de gens si bien habillés, portant des vêtements si ostensiblement neufs et dont on devinait que le fer à repasser aplatissait le moindre faux pli entre chaque prise ? Peut-on, de la même manière, s’intéresser à des êtres si impeccablement coiffés, se mouvant dans une lumière si belle qu’elle tenait à la fois d’un éther impalpable et du gluant d’un sirop trop épais ? La réponse est, bien sûr, non.

Le monde de Casablanca n’était pas seulement irréel (le théâtre, la peinture, la littérature sont encore plus irréels, mais demeurent d’irremplaçables révélateurs du réel), il n’était pas crédible, incapable de se maintenir par lui-même. Il lui fallait des maquilleuses, des éclairagistes, des accessoiristes dont l’encombrant troupeau derrière la caméra et le décor se devinait rien que trop. Un film est avant tout un monde surpeuplé, une fourmilière qui réclame l’attention de trop de petites pattes, d’antennes et de mandibules.

En quelques minutes, j’étais passé de fidèle du culte à parfait apostat. Le malaise éprouvé ne m’a jamais quitté. J’étais désormais l’incrédule qui hausse les épaules, que tout agace et que rien ne convainc. La musique est toujours de trop dans un film (3)  ; elle me force à éprouver des sentiments qu’il est incapable de faire naître par lui-même ; les mines songées que savent si bien prendre les comédiens me font rire ; le cru est trop cru, le sophistiqué trop sophistiqué ; les apparences, rien que des apparences. Tout dans un film, les plans, les séquences, le son, les silences, est filmique, trop filmique, et ne cesse de nous démontrer, de nous faire entendre et de nous répéter que nous regardons un film. Bref, tout sent le popcorn.

Je ne parle pas des effets spéciaux, devenus si banals qu’ils n’ont justement plus rien de spécial, ça serait céder à la facilité que s’attaquer à cet aspect affligeant du 7e art.

Je ne suis pas loin d’approuver le Dogme95 « lancé en réaction aux superproductions anglo-saxonnes et à l'utilisation abusive d'artifices et d'effets spéciaux aboutissant à des produits formatés, [...] lénifiants et impersonnels (4) » et qui ne tolère que les captations directes et proscrit l’utilisation de trames musicales. Mais ce serait remplacer l’artifice par la pauvreté, un académisme par un autre.

Prenons l’un des films dont je conserve le meilleur souvenir, Continental, un film sans fusil (2007), de Stéphane Lafleur. Une scène m’a obnubilé au point d’occulter presque entièrement l’œuvre dans mon esprit. Marcel (Gilbert Sicotte) va à l’appartement de Nicole, son ex (Pauline Martin) ; celle-ci, méfiante, entrouvre la porte. Cette simple porte offre la meilleure performance du film : vieille, lourde, écaillée, repeinte, elle crève l’écran par son authenticité, elle résume à elle seule la vie de Nicole, l’immeuble où elle habite, tout son voisinage, l’état de son moral et de ses finances. Et on se demande aussitôt, est-ce une vraie vieille porte prise telle qu’elle, une vieille porte vieillie encore plus pour les besoins du film, une porte neuve arrangée par les accessoiristes, une porte construite de toutes pièces faute d’avoir trouvé la vieille qu’il fallait ?

Quand un détail aussi secondaire en arrive à prendre toute la place, c’est que quelque chose ne va pas. Il m’arrive souvent de me dire que les meilleurs acteurs d’un film sont le décor et les costumes – quand ils n’attirent pas l’attention par leurs défauts ou leurs outrances. Le cinéma : monde où l’accessoire (dans tous les sens du terme) phagocyte l’essentiel.

Le cinéma est un art faible. La réussite autant que l’échec d’un aspect secondaire d’un film met toute l’œuvre en péril.

Notes

1. Statistiques évidemment inventées de toutes pièces.
2. « Casablanca, ou la renaissance des dieux », dans : Umberto Eco, La guerre du faux, traduit de l'italien par Myriam Tanant et Piero Caracciolo (coll.), Éditions Grasset & Fasquelle, « Biblio Essais », Livre de poche, no 4064, LP 13, 1985, p. 281-287.
3. À ce propos, il devrait être interdit de diffuser les Gymnopédies de Satie en trame sonore des films et des documentaires : on va finir par m’en dégoûter, et ce serait très dommage.
4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Dogme95
5. Continental… est un très bon film et la performance de ses acteurs magistrale. Voyez comme je ne suis pas sectaire.

vendredi 12 janvier 2018

Quand je partais de chez toi


Quand je partais de chez toi, te laissant seule au milieu de tes photos encadrées, je me demandais comment tu te débrouillais pour faire le tri de tes souvenirs, les bons et les moins bons. Les dernières années, les rôles s'étaient inversés et c'était nous, tes enfants, qui veillions sur toi. Tu n'étais jamais loin dans nos pensées. Moi aussi, je prenais de l’âge, et j’étais devenu plus patient, plus attentif, par la force des choses. Je savais que chacune de mes visites pouvait être la dernière. D’avoir prévu l’inévitable ne me rend pas moins triste maintenant qu’il est advenu. J’aimerais encore pouvoir t’adresser un mot, un geste de réconfort. Repose en paix.
Mes souvenirs sont orphelins.

mercredi 27 décembre 2017

Auxiliaires


En latin, langue mère du français, il n'y avait qu'un seul auxiliaire, le verbe être (esse). Est-ce que les discours sur « l' être et l' avoir » y étaient impossibles, contrairement à ce qui se passe en français qui possède l'auxiliaire avoir en plus ? Ne riez pas, ma question est sérieuse. (Cf les catégories d'Aristote et la langue grecque selon Benveniste.)

jeudi 21 décembre 2017

Prudence et discrétion (suite)


Certains rapprochements ne manquent pas d'intérêt (cf. billet du 16 décembre dernier).



samedi 16 décembre 2017

Prudence et discrétion


Je ne parle que lorsque je n'ai rien à dire, c'est moins compromettant.

lundi 20 novembre 2017

Ontologie majuscule


Un être vaut-il deux tu l'auras ?

« L'Être est. Le Non-Être n'est pas. »
Parménide d'Élée, VIe siècle - Ve siècle avant J.-C.

« Le latin [avait déjà pris pour auxiliaire] le verbe au sens le plus neutre et le plus susceptible de se vider de sa valeur : esse, être. »
Albert Dauzat, Le Génie de la Langue française, 1947, p. 129

Conclusion : le non-être peut être, mais avec minuscules.

Matière à réflexions supplémentaires
« Rien » et « Réel » viennent du mot latin res qui signifie « une chose ». « Rien » a fini par prendre en français le sens de... rien, zéro, nihil ; le « réel », la « réalité », est ce qui existe par soi-même.
Associer le Rien et la catégorie ontologique autosuffisante suprême, la Réalité, quel exploit !