PAGE SÈCHE et ENCRE SYMPATHIQUE

Balourd 10, que ne rebute pas l'emploi de l'encre sympathique, n'entretient pas pour autant la phobie de la page blanche. (Une encre sympathique devient invisible en séch

jeudi 14 juillet 2022

Classiques classés


Cédric Pignat (@CcPignat) a publié le 12 juillet dernier dans Twitter une liste de classiques de la littérature en interchangeant titres et auteurs (image). Plusieurs twitteurs sont entrés dans la partie (outre les distraits qui n’y ont vu que du feu et les bien intentionnés qui lui ont signalé ses erreurs) et leurs propositions loufoques n’ont pas tardé à s’accumuler. Je reproduis ici les miennes (publiées sous le compte @HLessard7), augmentées de quelques entrées nouvelles. Le jeu n’a pas de fin, je compte bien revenir ici pour enrichir ma liste. (Tous les titres qui la composent sont authentiques.)

Vos propositions ?


Mes classiques


Le nez (Camus)

Les chants de Maldoror (Céline 1)

1. – Dion, évidemment.

L’adieu aux armes (Stéphane Mallarmé)

Le Robert (Alain)

Le Petit Larousse (Le Grand Robert)

Astérix le Gaulois (Jules César)

L’Odyssée (Lilly Ade)

Brisure à senestre (Sylvain Tesson)

La littérature à l’estomac (Ricardo Larrivée)

La transparence des choses (Uber Files)

Les Évangiles (collectif, sous la direction de Saint-Esprit)

451 Farenheit (Météo nationale française 2)

2. – Lors de la canicule de juillet 2022.

À l’ouest rien de nouveau, chez Actes Sud

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos)

Critique de la raison pure (Emmanuel Kant 3)

3. – Qui d’autre aurait pu l’écrire ?

Le médecin malgré lui (Didier Raoult)

La guerre de Troie n’aura pas lieu (Vladimir Poutine)

Voyage au bout de la nuit (Homère 4)

4. – Y a une astuce.

Le sein (Uber 5)

5. – Y a une astuce.

Les travaileurs de la mer (Moby Dick)

Histoires extraordinaires et Nouvelles histoires extraordinaires (un complotiste)

L’Âne Culotte (Alain Juppé)

La disparition (Donald Trump 6)

6. – Hélas, non.

Le Petit Chose (quelqu’un, j’sais plus qui)

Les trois mousquetaires (La Bande des Quatre)

Trois contes (Les Trois Mousquetaires)


Billet paru le 14 juillet 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

lundi 4 juillet 2022

Tautologie



Attendre pour cesser d’attendre, c’est pas un peu tautologique ?


Billet paru le 4 juillet 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

Lectures d’été – Pessoa


J’ai échangé avec une amie un Schopenhauer contre un Pessoa. Un désespéré tonifiant contre un désespéré qu’on a envie d’achever. Je me suis fait avoir.

Le livre de l’intranquilité de Pessoa : journal d’un gars à qui le fait de ne jamais penser au sexe permet d’entrevoir le vide de l’existence. Bon, je n’ai lu qu’une quarantaine de pages du tome III, le reste est peut-être différent.




Comme c’est un exemplaire emprunté, je n’ose pas griffonner au crayon dans les marges ou souligner des passages. Alors, j’ai découpé mes post-it en minces lamelles pour les multiplier et je crains quand même d’en manquer. Me donner tant de mal pour un auteur si aboulique… (Photo.)

Réflexion personnellle. – Tout texte est une parenthèse qui demande à être fermée sous peine de s’écouler en une poutine informe. D’où ma prédilection pour les auteurs concis et mon agacement devant les effuseurs qui se plaisent à méandrer jusqu’à la dernière goutte d’encre. Je ne nomme personne.

Malgré mes réserves et mon agacement, je trouve que Pessoa dit souvent des choses très justes, sinon intéressantes :

« La métaphysique m'a toujours paru être un prolongement de la folie latente. Si nous connaissions la vérité, nous la verrions, et le reste n'est que système et fioritures. Si nous y réfléchissons, il nous suffit de constater l'incompréhensibilité de l'univers ; vouloir le comprendre, c'est être moins qu'un homme, car être homme, c'est savoir qu'on ne peut comprendre l'univers. » (Pessoa, Le livre de l’intranquilité - tome III, p. 238.)

Ajout (9 juillet 2022)

Pessoa réalise l’illustration parfaite du solipsisme : « Je suis un ascète dans la religion de moi-même. » Il lui manque une fenêtre. Paradoxalement, il ne reste enfermé dans son petit moi que pour douter de son existence, réussissant l’exploit d’être un égocentrique sans égo. Les quelques mouvements lyriques qu’il s’autorise dans la description des paysages et de la lumière du ciel allument ici et là quelque espoir chez le lecteur. Autant de déceptions, l’horizon se rétrécit aussitôt à la mesure de Pessoa.

Pour ma part, je suis trop distrait, trop superficiel. Comparé à Pessoa, je suis un égocentrique peu conséquent qui s’amuse de tout ce qui passe devant mes yeux. Et comme moi, je ne passe pas et que je dure, il m’arrive de me trouver pénible au milieu du bariolage du monde.

Mais il faut être naïf pour lire les livres avec attention. Qui fait ça, sauf moi et quelques hurluberlus ?

Ajouts, suite à la lecture de l’édition intégrale de l’œuvre (14 mai 2023)

Quelques lignes tirées du Livre de l’intranquilité qui m’ont semblé illustrer mon point de vue. (Édition intégrale augmentée, même traductrice : Françoise Laye, même éditeur : Christian Bourgeois Éditeur, 1999).

Qui donc me sauvera d’exister ?
Je gis ma vie.
F.P. (1)

Autobiographie sans événements (2)

[…] et remarquons bien qu’il n’y a pas, chez Omar Khayyam, le moindre signe d’énergie, la moindre phrase d’amour (3).

[…] il monte de ces pages […] une impression désertique de monotonie (4).

1. Exergue au Livre de l’Intranquilité.
2. Sous-titre du Livre de l’Intranquilité.
3. Fragm. no 446, p. 454 : on pourrait en dire autant de Pessoa…
4. Fragm. no 442, p. 450 : Pessoa, à propos de son propre livre.


Billet paru le 4 juillet 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

samedi 2 juillet 2022

Amor ipsi


On parle souvent de la nécessité de s’aimer soi-même comme si c’était quelque chose qui devrait présider tout naturellement à nos vies. En fait, la vérité est que les gens ne s’aiment pas. Personne ne s’aime. L’instinct de conservation fait illusion ici. On tient à sa peau, sans grand amour pour soi-même. La vanité, qui n’est pas non plus de l’amour de soi, a mauvaise presse, à tort. Elle n’est que la sensibilité attentive aux variations (à la hausse ou à la baisse) de notre position sociale. 

Les enfants dans la cour de l’école le savent bien. Celui qui se laisse moquer signale qu’il peut être impunément ridiculisé et se retrouve au bas de la hiérarchie. Il faut donc casser la figure de celui qui se moque de nous (et qui se récrie à ces mots ne comprend rien à la nature humaine). L'individu maladroit, brusque ou désagréable ignore qu'il faut (se) masquer le jeu de ses instincts - qui, eux, jouent un jeu sérieux et ne blaguent pas.

« … l’injonction qui consiste à aimer autrui comme soi-même […] est trop contraire à la nature humaine pour être sincèrement obéie par le vulgaire, qui n’aimera jamais que soi, et ne convient nullement au sage, qui ne s’aime pas particulièrement soi-même. » Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, 1958, Gallimard, coll. « Folio », no 921, p. 240.

En cherchant au fond de soi, on trouve peu de raison de s’aimer. Il n’y a d’ailleurs aucun fond à la nature humaine ; comme la cible qui ne se laisse jamais toucher parce qu’il reste toujours une moitié du trajet à franchir avant de l’atteindre, notre fond est inaccessible – en plus d’être illusoire. Parce qu’il fait noir au fond de nous on imagine qu’on y verrait s’il y avait de la lumière ; la lumière s’épuiserait à atteindre les limites de ce vide. Mis à part nos instincts, réflexes, habiletés, que sommes-nous ? Les autres me donnent une impression convaincante de réalité ; pour moi-même, le scepticisme me semble de mise.

« L’homme parfait, chez les païens, était la perfection de l’homme tel qu’il est ; l’homme parfait des chrétiens, la perfection de l’homme tel qu’il n’est pas ; l’homme parfait des bouddhistes, la perfection d’un état où il n’y a pas d’homme. » Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquilité, trad. Françoise Laye, Christian Bourgeois éditeur, 1988, fragment no 134, p. 230.

L’amour de soi, devoir imposé à une humanité telle qu’elle ne sera jamais.

jeudi 30 juin 2022

To do or not to do



Shakespeare avait une armée de chimpanzés enchaînés à des claviers. Chaque année, il y avait une pièce à sauver entre les feuillets illisibles et froissés qu’ils avaient produits. Moi, je n’ai qu’un clavier et six doigts (je n’utilise ni le petit ni l’auriculaire et les pouces ne servent qu’à la barre d’espacement) pour écrire. Bon an mal an, j’arrive à produire quelques miettes passables. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.


Billet paru le 30 juin 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

mardi 28 juin 2022

Eheu !


Eheu, non iam columbae in bracchiis Veneris se ponere poterunt. Triste hoc est.


Billet paru le 28 juin 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.

lundi 27 juin 2022

Canicule



Envie de rien. Je sors pour avoir une raison de rentrer chez moi.


Billet paru le 27 juin 2022 dans mon autre blogue, Propos hors propos.