PAGE SÈCHE et ENCRE SYMPATHIQUE

Balourd 10, que ne rebute pas l'emploi de l'encre sympathique, n'entretient pas pour autant la phobie de la page blanche. (Une encre sympathique devient invisible en séch

vendredi 16 septembre 2016

Concatenatio interrupta à Ottawa




L'autre jour, à Ottawa, coupant une intersection en diagonale, j'arrive à la rue Sparks. Là, une rangée de formes convexes alignées à même le sol attire mon attention. Je me dis, tiens, une nouvelle sculpture sur la rue Sparks. Un bref regard circulaire, à la recherche du panneau explicatif, puis je me rends compte de ma méprise. Il  n'y a pas de panneau, sauf celui que je me suis créé pour y tomber aussitôt. Il s'agissait de coquilles de protection destinés à ceinturer la base de poteaux de granit courant le long de la voie publique.

Le plus étrange dans cette histoire, c'est que l'explication la plus improbable me soit apparue la plus évidente au point d'occulter la plus simple, la plus raisonnable, la plus flagrante ; point d'œuvre d'art livrée à l'admiration des badauds, mais banals travaux d’entretien menés par la Ville. Faut avoir les circonvolutions cérébrales aux aguets de je ne sais quoi pour sauter ainsi à pareilles conclusions.

J'en appelle pourtant à votre indulgence. Il planait déjà au dessus et autour des coquilles l'espèce de solitude a) respectueuse b) indifférente (rayer la mention inutile) qui protège l'œuvre d'art publique du contact avec le public. Faut dire que la Voirie était partie diner, laissant le chantier désert. Ensuite, il faut avouer que ces demi-coques, cette procession de macaronis, ces collets tronqués posés à la queue-leu-leu sur le sol dans une disposition qui semblait à la fois tenir du hasard et d'une intention réfléchie, avait la parfaire allure d'une œuvre d'art vachement songée.




Vraiment, les circonstances atténuantes abondent pour excuser ma méprise.

Ne manquait à ces séduisantes coquilles, pour accéder au statut d’œuvre d'art, que le contexte ; un éclairage muséal, le silence d'une salle d'exposition et, surtout, l'étiquette, la notice explicative. Si l'habit ne fait pas le moine, l'étiquette, elle, fait l'œuvre d'art.

Je répare cette omission et je vous compose derechef la notice qui convient :

Concaténation concoïdale ou Concatenatio interrupta
Cheminement concoïdoïde urbain par conques ombilicales, allant par paires, symbole de la motivation autoréferentielle de toute relation/communication, et aussi métaphore de l'aliénation de l'homo urbanus, maillon isolé de la concaténation commune.

samedi 3 septembre 2016

Musak partout !




Des écrans électroniques géants accolés dos à dos sont apparus rue Rideau, à Ottawa, l'automne dernier. Ces Janus d'un nouveau style affichent des publicités et des informations changeantes et inessentielles, à la portée et à la connaissance de quiconque les cherche où les a cherchées. Leur caractère superfétatoire est patent.

De cent mètres en cent mètres (l'écart type entre deux couples de panneaux), vous êtes bercé par une douce musique délavée - vous savez, le genre de musique qui hante les ascenseurs, les salles d'attente ou que certaines instances vous infligent au téléphone non sans vous avoir assuré auparavant que «votre appel est important pour nous». Et, lorsque vous atteignez le no man's land entre deux installations, momentanément hors de portée de leurs filets sonores, vous tombez dans les rets de celui installé en face, de l'autre côté de la rue, puisqu'il y a un décalage entre les dispositifs sur chaque trottoir.

Déjà, trouver un commerce ou un café qui ne vous gâche pas votre sortie avec sa «musique d'ambiance» est une gageure. Les refuges à l'abri de l'insignifiance sonore se font rares.

Vous aimez les feux d'artifice ? Ressentez-vous pour autant le besoin de vous faire infliger sans arrêt des flashs et explosions de lumière dans les yeux ? Ça fatiguerait et ça empêcherait de bien voir. C'est la même chose pour les oreilles : parfois, souvent même, pas de musique du tout conviendrait mieux. Il n'y a plus moyen d'aller nulle part sans se faire marteler les oreilles par un beat répétitif ou se les faire engluer par une sirupeuse mélodie.

Les travaux de construction, plus à l'ouest, sur la rue Rideau, retardent peut-être l'expansion des écrans jumeaux. J'appréhende le moment où ils se répandront dans la section épargnée de la rue. (Qui sait, on les a peut-être accouplés pour qu'ils se reproduisent ? Quoique, accouplés dos à dos...)

Douce vengeance : j'ai pu remarquer que personne ne les remarque, ces écrans. Les gens passent sans en tenir compte. Leur efficacité promotionnelle est nulle, ou presque. Beaucoup de bruit pour rien. 

Note. - Ce texte et les photos datent de l'automne 2015. Malheureusement, mes pressentiments de l'époque se sont concrétisés : des écrans ont été implantés plus à l'ouest, jusqu'à l'intersection Rideau et Dalhousie.




dimanche 21 août 2016

Tiguidou ou l'incrédule de l'étymologie


Tiguidou : tu engendreras longtemps

L'étymologie de l'expression québécoise tiguidou est obscure. La définition ne cause toutefois aucun problème. C'est tiguidou, l'affaire est tiguidou signifie que tout va bien, que tout se déroule bien.

Voyez la discussion ici à ce sujet.

À mon avis, tiguidou vient de l’interjection latine Agedum ! qui signifie Allez ! Tout va bien ! J’imagine les étudiants de l’époque du cours classique se dire «C’est agedum !» (prononcer sé taguédoum !) quand leurs affaires tournaient selon leurs désirs.

Ensuite, il a suffi de passer de «sé taguédoum» à «sé tiguidou». Le grand nombre de ti-coune, ti-gars, ti-Guy, etc. au Québec a peut-être hâté l’évolution : «C’est tiguidou, ti-Guy !»

C’est une hypothèse qui, à mon sens, est tout à fait tiguidou et qui en vaut une autre.

J'ai bien essayé de faire croire à une serveuse dans un café d'Ottawa qui me questionnait sur le sens du mot que tiguidou provenait du latin tu genes diu (tougénessdiou), soit toi, tu engendreras longtemps (j'assume et la formulation et la traduction), mais elle ne m'a pas cru.

Tiguidou pour elle, on ne lui raconte pas n'importe quoi !

mercredi 20 avril 2016

Mon Soleil


Les joies du bilinguisme

Ce soleil a fait ma journée !

Évidemment, le «Mon - Soleil» (flèches rouge) était, dans la version anglaise originale, Mon - Sun (pour Monday - Sunday).




Détail.

jeudi 24 mars 2016

Le résultat est le même


Claudication

Elle boitait, mais j'ai oublié si c'était de la jambe ou du pied.

dimanche 17 janvier 2016

Le père de Kafka était-il kafkaïen ?


Contribution à la kafkologie

Ce texte traîne dans mes brouillons depuis... depuis longtemps. Le publier est une manière de m'en débarrasser.

On considère généralement que l'œuvre de Franz Kafka (K.) est la traduction littéraire d'un état psychologique et moral découlant d'une éducation reçue par un père autoritaire et brutal. La pièce maîtresse de cette interprétation est la Lettre au père, rédigée par K. mais jamais transmise à son destinataire. D'autres assurent que son œuvre est la prescience des régimes totalitaires du XXe s. et de leur froide et absurde bureaucratie.

Je crois que ces deux visions sont fausses ou, du moins, insuffisantes et trop faciles.

Le père de K. était le moins... kafkaïen des hommes ! Autoritaire, péremptoire et affirmatif, selon tous les témoignages, ce personnage de bonne carrure savait se faire entendre et obéir. À rebours, dans le monde de Kafka fils, l'autorité est lointaine, inaccessible et incompréhensible, comme perçue à travers une série de prismes défectueux. Rien qui ressemble à une tyrannie. Kafka père n'aurait jamais eu la patience ou la capacité de réduire son entourage à sa merci par un capricieux réseau de règles informulées comme celles détaillées par son fils dans ses romans (le Procès, le Château, etc.). Pour se faire craindre et obéir, un éclat de voix, un coup de poing sur la table lui suffisait.

En bref, l'autorité chez K. n'a jamais la franchise de la brutalité.

Les histoires de Minotaure n'ont aucune utilité pour K., la bête lui est facultative, la fascination du dédale lui suffit.

Relisons «la Muraille de Chine». Un pâle et lointain empereur dépêche un messager à un (forcément) lointain sujet, à l'autre extrémité de l'empire ; le messager doit d'abord se frayer un chemin dans la salle du trône à travers la foule des courtisans, franchir des portes, des portiques, descendre des escaliers, traverser le deuxième palais qui entoure le premier, puis le troisième, puis... Enfin, il traverse la capitale, un quartier après l'autre... Le messager, comme la flèche de Zénon, n'atteint jamais son but, le destinataire attend en vain. Un fils en butte à un père autoritaire emploierait-il de telles métaphores pour décrire ses relations avec son bourreau ?

L'autorité chez K. n'est jamais contestée. Les fidèles de l'empereur lui restent fidèles. Aucune répression n'est nécessaire pour s'assurer de leur obéissance et de leur respect. Même quand il y a «de graves négligences dans la défense de l'empire», les yeux se tournent vers l'asthénique monarque entraperçu à une fenêtre du palais. La Loi n'est pas combattue, le Tribunal non plus. Bucéphale regrette le Grand Alexandre dont l'épée indiquait la direction des Indes.

K ne fuit pas le Juge, il recherche la Loi. Il ne trouve que d'inutilisables indices, n'entend que de friables raisonnements.

Le monde de K., un monde sans révolte, et sans pouvoir non plus.

Quant à la satire de la bureaucratie, Gogol et Courteline ont fait mieux, et avec plus d'humour.

La kafkologie est-elle à revoir en entier ?

(Deux petits apartés en marge de cet exposé. – Chez K., il n'y a pas de dialectique, chaque affirmation se présente, puis se nuance elle-même pour se contredire aussitôt et empêcher tout progrès. L'analyse et le réflexion réduisent leur objet en une poussière incohérente.

Selon Hobbes, le pouvoir ne peut se prévaloir d'autre justification que lui-même. Autrement dit, le pouvoir est le pouvoir, un point c'est tout. Apparemment, K. est en quête inlassable d'un pouvoir justifié (par la Loi, qui justifie le Juge), quête qui ne peut évidemment aboutir, étant donné la nature tautologique du pouvoir. K. ne rencontre que des ombres qui ne font qu'entretenir sa frustration. Il aurait fallu que K. décide «le pouvoir, c'est moi», pour paraphraser un monarque peu porté au doute existentiel.)


mardi 29 décembre 2015

NOUVEAU MESSAGE


Temps de cerveau disponible, comme disait l'autre.

«Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé.»
Montesquieu, 1689-1755

Qui trouve une heure pour lire aujourd'hui ?